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« bidule ! »

4 Sep

« bidule ! »
Il l’avait crié du fond du couloir qui menait aux toilettes.
Hagards, les trois costumés s’étaient retournés, rouge, honteux. Pas devant eux, non, pas devant.
Il devenait si doux, si complice l’Homme quand il me l’accordait, ce surnom. Le soir, en tête-à-tête. C’était si bon ces nuits ensemble qui n’en finissaient pas, où l’on se tordait, excités, fatigués… Cette union avec un si brillant –et si riche ! – cerveau… Ces chiffres et ces mots qui glissaient en boucle le long de nos nerfs affleurés, ses soupirs, mes pleurs, nos sueurs qui se mêlaient dans ce bureau moelleux aux relents de take always… Cette fatigue qui me prenait, m’emportait, avec ses yeux papillons collés à mon écran, et ce paternel « bidule, t’es un brave, rentre te coucher, il est cinq heures, je relie l’ensemble et j’envoie ça », que le senior partner m’adressait, la main posée sur mon épaule froissée, « c’est bien, mon grand, ton stage finit quand ? on te prendra en junior, tu verras»

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Le costard bien taillé

30 Mai

Les yeux en boule rouge et noir il n’en croit rien de ce reflet,
ce visage froissé de nuits perdues dans un repli de canapé.
Le noie de gomina, l’embaume et le met en bière dans son gris trop repassé
Il fait sautiller son pli amer qui montre les dents trop usées,
l’avancement c’est du passé
Il se ficèle d’une cravate comme on va à l’échafaud
On est de réunion, il y aura du public
les scribouilleurs ont remplacé les tricoteuses

Un homme à ronger

15 Avr

Il claqua la porte de son bureau, à double tour il osait
Il lui fallait un fémur, une fêlure
un plus petit, un plus faible.
Un homme à lécher d’une petite musique d’acier d’une fine langue acérée.
Un crochet du venin droit.
Un homme à ranger aux tréfonds d’un placard, ça l’enivrait.
Plus qu’une pichenette et il sombrerait.
Il se ressaisit, leva le pouce d’un sourire indulgent et le dessaisît du travail.
Dehors, homme nu !
Il laisserait aux autres le soin du dernier geste. Il n’était pas Dieu après tout, et ici pas de paradis.

Aïe

10 Oct

La tombée des nids

des nues.

 

Au fond du cartable

4 Oct

Cette liberté pour nous.

Les corps enlacés de chaleur s’élancent dans la fraicheur des vagues.

Le sel ondule, ourle les paupières engourdies de soleil.

Criques sauvages, inaccessibles. Les pieds nus griffés par ses arrêtes.

Une liberté rien qu’à nous.

Sentiers enroulés de paisibles lézards, drappés de paysages secs et bleu, craquant sous les semelles.

Tout se délave couleur, soleil.

Les gueules maussades se fondent dans la ville. Le paysage se trempe d’automne et de reflets sur les boulevards.

Une liberté et c’était tout.

Des heures des heures, des heures,

Au creux des bureaux blanchis, des réunions sans fond,

des heures arrachées à l’aube, déchirées à la nuit, volées au nid,

fondues sous lumière synthétique néon ou écran où l’on penche courbe voûte.

Ce sacrifice qui ratatine, ride, vide, vieillit.

Cette liberté toute taxe comprise. Les congés à payer.

Parisien au pelage gris

1 Déc

Parisien au pelage gris

Que l’on caresse à tour de griffe

que l’on écrase à coup de grèves

que l’on défonce à lignes blanches,

que l’on flatte de n à n-1

Parisien au pelage vert

il a trop bu c’est dégoutant

par terre avec ses tripes

Parisien au pelage noir

que l’on noie dans les derrières de Seine

que l’on étrangle en noeud de cravate

que l’on broie en noir

 

Tous ont au fond d’eux les yeux ouverts

 

Bureau

27 Juil

Panne d’aspirations.

Chômage

30 Juin

Bureau en Espagne.

Bureau

17 Juin

Moutons faits comme des rats.