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Le sadique du 31

12 Fév

 

Des mains fébriles balancent sur le tapis leurs joies embouteillées.

Martin, assis devant sa grosse caisse, les tripote, les regarde à peine défiler.

Ça bipe sonore.

Ces promesses pour tube digestif, il les connait sous le bout des doigts. Son supermarché en braille.

Devant lui, les chariots débordant déboulent et s’encastrent. La file, nerveuse, piaffe. Les yeux roulent de partout, aimantés par le sablier. Ce soir, ce soir, la fête ! Ça sautille de plus belle.

Il les aime, ces névrosés du temps perdu. Ces tox de la dernière minute qui d’un battement de bras viennent s’écraser à la nuit tombée contre les grillages. Affolés, énervés, suppliants, ils négocient une petite ouverture pour courir, glisser, rouler, acheter, nourrir ce soir de fête insatiable.

Il secoue la tête, montrant d’un doigt et d’un sourire sa montre.

Sa petite joie du réveillon.

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Nature en ville

3 Oct

Cousin maladroit aux pattes démesurées, son pépin transparent lui tenait lieu d’ailes. Il sautillait entre les flaques, amusé de ces nuages lourds qui soudain s’attribuaient le territoire.

Oui toi oui toi, c’est aujourd’hui ton bain! lui souffla la sauvage.

Et, s’emparant du pauvre pékin et de la ville trop chaude déversa, mère exigeante, ses torrents d’eau sur ses narcissiques enfants.

 

Arrière-train quotidien

21 Fév

Taillées par leur jean, fouettées par leur sac

si fines qu’elles se faufilent, sautillantes dans les foules les plus noires.

Voltigeant, voilées, d’un escalator à un autre,

Pour aller plus vite plus vite, être au plus près, aux premières loges

Etre avant, devant.

Le soir elles iront au tapis, marchander quelques calories

et déposer, d’une lune encore plus légère leur entrain

sur un rebord de terrasse.

Si aériennes qu’elles ne tiendraient ni mistral ni tramontane

protégées, elles restent là, coincées entre  leur petite ceinture

perchées sur un fil

belles.

et si aériennes.

Petit tu deviendras grand

13 Déc

A toi qui sent l’école dès le matin,

qui chaloupe sur le trottoir, ivrogne,

le cartable penché plus chargé que la tête,

sache qu’il faut la boire jusqu’à sa lie

cette école qui sent la colle.

Narcisse

8 Nov

D’une pichenette il décolla ses yeux ses oreilles

les allongea délicatement avec l’i-phone au fond de sa poche de veste

il ne fallait ni qu’il les raye ni qu’il les chiffonne. Ahahah, des organes ça ne se remplaçe plus, dit-il tout bas, plus assez de miséreux.

Seul, entre lui, pour s’égosiller.

Enfin! Il n’entend que lui, imagine que l’on parle de lui

Mais ne voit ces regards qu’on tourne autour de lui.
Les maudit.

ça ne doit pas lui aller si bien,
ses lunettes sans yeux, ses pattes sans lobes.

Ça jure.

Demain il reviendra avec. C’est si beau de se voir regardé. Si bon d’écouter les autres parler de soi.

Albertines

2 Oct

Ds l’antre des JF en fureur,

on chasse le tps perdu.

 

i-

4 Oct

Subjugués. Encerclés d’i-pod d’i-phone, d’i-pad. Se coupent des i-rascibles. Tous. Seul, leurs doigts collés amoureux. Taquinent, flattent, caressent, touchent, pincent. S’ils pouvaient y poser leurs lèvres…

Et oublier leur -i.

Grognon à la maison.

La baguette estivale

13 Août

Ils sont partis, avec leurs croissants, leurs pains au chocolat. Nous abandonnant.

Les reserves s’épuisent.

Le quotidien le matin le même refrain « qui va à la mine? »

Accroupi dans les vapeurs fraîches, on gratte le fond des tiroirs enrubannés de glace, à l’aide d’un tournevis,un pic à glace, on creuse au plus profond dans le noir dans l’espoir d’apercevoir ne serait-ce qu’une miette de pain, un quignon oublié, un sorbet aux céréales…

Aujourd’hui, la trouvaille : deux faces! Dépareillées! Tartinables! On se rue, on exulte, on toaste, on crame, on tartine à toute vitesse, le nutella pour l’un le beurre pour l’autre, on engouffre, on lèche le couteau, on collecte du bout de l’index les miettes éparpillées.

Demain, promis, même en pyjama, on sortira, quelques mètres de trottoirs de plus, un passage piéton de plus, une boulangère moins affable, une baguette moins croustillante, des croissants aux feuilles trop sucrées… La boulangerie de garde…

Edwige aux mains d’argent

6 Juin

Une main de fer dans un gant de maille.

Elle  érafle, zèbre.

Sans cœur, on est aveugle.

Elle tâtonne,

Se cogne.

Gueule.

Hurle

Sa voix se fracasse.

Raye plus encore

Contre les gens, contre les murs.

Déjà ? Elle est si jeune !

Seules, ses lèvres

Errent

VEULENT embrasser

Contre les murs, contre les gens.

Se referment. Elle a pourtant mis du rouge.

Ses quenottes mordent alors en pagaille.

et ses mains d’argent bataillent.

Revêches

25 Mai

Elle s’est arrachée à grand peine la trop petite  nuit

A tout froissé sur son  passage

Draps, chemises et corps nus  assoupis

Les rêves ont assoupli les  rêches

Le réveil les  extirpe.

Sur leur séant, ils auront déjà  oublié

Leur abandon, leur  innocence