Le sadique du 31

12 Fév

 

Des mains fébriles balancent sur le tapis leurs joies embouteillées.

Martin, assis devant sa grosse caisse, les tripote, les regarde à peine défiler.

Ça bipe sonore.

Ces promesses pour tube digestif, il les connait sous le bout des doigts. Son supermarché en braille.

Devant lui, les chariots débordant déboulent et s’encastrent. La file, nerveuse, piaffe. Les yeux roulent de partout, aimantés par le sablier. Ce soir, ce soir, la fête ! Ça sautille de plus belle.

Il les aime, ces névrosés du temps perdu. Ces tox de la dernière minute qui d’un battement de bras viennent s’écraser à la nuit tombée contre les grillages. Affolés, énervés, suppliants, ils négocient une petite ouverture pour courir, glisser, rouler, acheter, nourrir ce soir de fête insatiable.

Il secoue la tête, montrant d’un doigt et d’un sourire sa montre.

Sa petite joie du réveillon.

Une concentration en particuliers

20 Mar

On leur avait dit : « à pied !! »

Alors, par vagues, rythmées par les va-et-vient des feux rouges, ils circulaient. Incroyables ! Ces sportifs du dimanche, jetés là, sur l’asphalte, en costumes et manteaux sombres, se hâtaient, désorientés, les yeux clignotant au soleil, rouges et luisants.

Et un silence.

Zéro klaxon, démarrage, moteur.

Seuls, ensemble, les poumons de l’idf.

Un immense renâclement, l’essoufflement d’une meute pendant une attaque… Retournant presque, comme des bêtes, l’asphalte, de leurs millions de pas aux chaudes semelles.

Le périf était noir de monde.

La banlieue au centre. Depuis longtemps, ils s’étaient précipités, comme pour une manif, dès l’aube, pour être à l’heure ! à l’heure ! Ils se criaient ça dans leur tête, leur management leur avait accordé une heure de rab, et ils allaient plus vite, plus vite, s’énervaient, parfois certains criaient, mémé tu rampe ou quoi ?, mon cligno, mon klaxon, sont où? c’est pas possible, les lents passez à droite !, s’essoufflaient, pleuraient même certains, ils n’en pouvaient plus de ce marathon injuste, on n’éduque pas les masses à l’écologie comme ça, feront même pas 1% aux élections, on n’est pas maso, non, non, je les enc.. les particules !!

Une cigogne

17 Fév

De ses grandes échasses blanches, une cigogne aux ailes noires moulantes bat la cadence.

On se croit dans une salle de danse.

Autour, sur les sièges, des vieux aux yeux lassés

observent à peine,

dévisagent en coin

Lui préférant la ville qui défile le long du bus

Debout, dandinante, oscillante sous ses écouteurs elle voudrait tant qu’on la regarde

Un devoir de regard pour nous, voyeurs.

Petite fille qui t’en vas

6 Nov

Sache que nous aimerions

T’empaqueter dans nos bras, nos sacs et sacoches,

T’enlacer avec nous et les autres dans le métro tout compact et chaud,

L’ascenseur tu adorerais ! Le bruit de la machine à café ! La photocopieuse !! Les fauteuils roulants et pivotants! Le clavier ! L’écran !

Mais tu es trop petite.

Te tenir, retenir, ternir, tu ne sais pas encore.

On t’apprendra tu verras.

Et tu te lasseras,

Comme nous.

Tu t’en plaindras.

Comme nous.

Un cri doux, monotone, qui n’exige rien.

On t’apprendra tu verras.

Non, non, vraiment, joue ! Joue ! Joue !

Joue! ça sera trop vite trop tard!

On te rejoindra, plus tard, à la nuit tombée, en courant.

Non, ne te retourne pas, non!

Joue!

Des hauts des bas

5 Nov

En haut on hurle du vent

en bas on hurle sans dents.

 

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Nuit sur le canal

31 Oct

Canal Saint Martin

Nature en ville

3 Oct

Cousin maladroit aux pattes démesurées, son pépin transparent lui tenait lieu d’ailes. Il sautillait entre les flaques, amusé de ces nuages lourds qui soudain s’attribuaient le territoire.

Oui toi oui toi, c’est aujourd’hui ton bain! lui souffla la sauvage.

Et, s’emparant du pauvre pékin et de la ville trop chaude déversa, mère exigeante, ses torrents d’eau sur ses narcissiques enfants.

 

« bidule ! »

4 Sep

« bidule ! »
Il l’avait crié du fond du couloir qui menait aux toilettes.
Hagards, les trois costumés s’étaient retournés, rouge, honteux. Pas devant eux, non, pas devant.
Il devenait si doux, si complice l’Homme quand il me l’accordait, ce surnom. Le soir, en tête-à-tête. C’était si bon ces nuits ensemble qui n’en finissaient pas, où l’on se tordait, excités, fatigués… Cette union avec un si brillant –et si riche ! – cerveau… Ces chiffres et ces mots qui glissaient en boucle le long de nos nerfs affleurés, ses soupirs, mes pleurs, nos sueurs qui se mêlaient dans ce bureau moelleux aux relents de take always… Cette fatigue qui me prenait, m’emportait, avec ses yeux papillons collés à mon écran, et ce paternel « bidule, t’es un brave, rentre te coucher, il est cinq heures, je relie l’ensemble et j’envoie ça », que le senior partner m’adressait, la main posée sur mon épaule froissée, « c’est bien, mon grand, ton stage finit quand ? on te prendra en junior, tu verras»

Le costard bien taillé

30 Mai

Les yeux en boule rouge et noir il n’en croit rien de ce reflet,
ce visage froissé de nuits perdues dans un repli de canapé.
Le noie de gomina, l’embaume et le met en bière dans son gris trop repassé
Il fait sautiller son pli amer qui montre les dents trop usées,
l’avancement c’est du passé
Il se ficèle d’une cravate comme on va à l’échafaud
On est de réunion, il y aura du public
les scribouilleurs ont remplacé les tricoteuses

Un homme à ronger

15 Avr

Il claqua la porte de son bureau, à double tour il osait
Il lui fallait un fémur, une fêlure
un plus petit, un plus faible.
Un homme à lécher d’une petite musique d’acier d’une fine langue acérée.
Un crochet du venin droit.
Un homme à ranger aux tréfonds d’un placard, ça l’enivrait.
Plus qu’une pichenette et il sombrerait.
Il se ressaisit, leva le pouce d’un sourire indulgent et le dessaisît du travail.
Dehors, homme nu !
Il laisserait aux autres le soin du dernier geste. Il n’était pas Dieu après tout, et ici pas de paradis.