Il se faufilait entre les pattes d’une mygale sur un chemin poussiéreux malgache lorsqu’ils s’étaient fait capturer. Plus de peur que de mal. Les arachnologues étaient surexcités par leur prise.
Il s’était retrouvé un petit matin néon derrière une vitrine du vivarium de la ménagerie du jardin des plantes. Après l’immigration, la consécration. Fier, il avait choisi ses plus belles couleurs puis s’était installé au bord d’une brindille, fixant la vitre gauche.
Les premiers nez s’étalèrent le doigt pointé en hurlant. Il gonflait le thorax, ému.
Deux s’étaient déjà cachés dans les jupes. Maman, la mygale a la taille de ma tête !
Il se retourna. Elle était encore là.
Toute la journée et les suivantes, elle fut le clou du spectacle. Une seule de ses pattes dépassant de son morceau de bois creux suffisait ! Les gamins en hurlaient de terreur.
Face aux badauds, il grimaçait, sautillait, tirait la langue dans tous les sens. Le monde s’obstinait à ne pas le voir. Même en fluo, pourtant à la mode.
Lui, le plus petit d’entre tous ! Au guiness des records lui, le Brookesia micra, minuscule caméléon de quelques millimètres ! Lui, dont l’espèce découverte en 2012 faisait la une des journaux ! Lui, bouillant depuis trois ans sous les néons dans l’ombre d’une vulgaire mygale ! Rien que d’y penser ça lui provoquait des ulcères.
Pas même un véto pour le rassurer. Lui. Qui ne pourrait même pas faire de mal à une mouche.
Deux trois jours d’indigestion pour un tout tout petit moucheron.
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